Déjeuner-Conférence avec Dominique Demonté

Compte-rendu : Conférence avec Dominique Demonté – Directeur du Biopark.

Lors de cette conférence, plusieurs questions ont été abordées :

1) Comment une région connue pour son acier et son charbon a-t-elle pu acquérir une telle renommée pour ses biotechnologies. Quelles stratégies ont permis ce changement ?
2) Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quels sont nos challenges ?
3) Où pourrions-nous être demain ? Comment peut-on franchir le cap du Pôle Européen de la Biotechnologie vers un Pôle Mondial ?

1) Le Biopark est né d’un pari ambitieux de la part de l’ULB : regrouper sur un même site ses différents chercheurs répartis dans plusieurs endroits et développer la recherche. Le plus ambitieux était de déplacer des équipes installées, notamment, à Bruxelles, Rhode-St Genèse, … A l’époque, Charleroi était loin de représenter la Silicon Valley et ne regorgeait pas de sociétés ou d’instituts dans le domaine …  Mais voilà qu’en 1999 le premier Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires voit le jour avec une petite centaine de chercheurs à Gosselies.
18 années plus tard, ce sont près de 1.200 personnes qui travaillent au sein du Biopark, 30 nationalités sont représentées, 3 centres de recherches y sont actifs et une dizaine de bâtiments accueillent jusqu’à 50 sociétés.

Quelles stratégies ont permis cette mutation de la Biotechnologie Carolo :
– Le premier volet a reposé sur le développement de la recherche par l’intermédiaire de l’IBMM (Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires). Aujourd’hui, nous pouvons nous vanter d’avoir atteint un niveau de recherche d’excellence avec cet institut même si le challenge de la mobilité de nos chercheurs reste un frein à solutionner.
– Un second institut, l’IMI (Institut d’Immunologie Médicale) a développer selon un modèle bien particulier. En 2004, nous étions parmi les premiers au niveau européen à développer un institut sur base d’un modèle de partenariat Public-Privé associant une entreprise privée, le gouvernement et une université.
– Enfin, le CMMI (Centre de Microscopie et Imagerie Moléculaire) est venu renforcer le lien entre académique et entreprises. Pour performer en biotechnologie moléculaire, il fallait se doter d’une plateforme permettant l’imagerie de pointe. Le CMMI est pensé comme un centre de services et dispose de très nombreux équipements ; ce qui le rend unique au niveau belge. Celui-ci a pu voir le jour grâce aux différents partenariats établis, notamment, avec l’UMONS qui a co-fondé le centre avec l’ULB.
 Le premier objectif qui reposait sur le développement de la recherche a pu être atteint grâce à ces 3 instituts. Le second concernant le développement économique.
– Il était important de mettre en place un transfert technologique et donc des structures pour accompagner les académiques et les mettre en relation avec le tissu industriel. L’élément clé a été la création d’un incubateur et d’un centre de formation permettant la création de nouvelles entreprises.
Ensuite, il fallait trouver des partenaires. Ce sont associés, l’ULB, Théodorus (fond d‘investissement de l’ULB), Sambrinvest, Igretec et Heracles ; Ces partenariats permettent de répondre aux besoins d’accès aux technologies, de créer un lien vers le private equity et le public equity, d’articuler une stratégie en concertation avec ce qui se fait au niveau régional,… Cette collaboration a été un autre moment clé pour le développement du Biopark.
– La mise en place d’un centre de formation a permis de répondre au problème du capital humain ; apportant aux sociétés du personnel qualifié dans ce secteur émergent. Entre 850 et 900 personnes sont formées chaque année. Le facteur humain joue un rôle primordial dans la dynamique du campus.
– Enfin, un pool de mentor a été créé ; un réseau d’experts industriels, big pharma, start up, … permettant d’encadrer les nouveaux projets qui arrivent.

2) L’internationalisation du Biopark devrait continuer à s’amplifier. L’ULB est venu s’installer en premier. Ont suivi ses spin offs, ensuite celles d’autres universités. Des sociétés néerlandophones et ensuite des sociétés internationales sont également venues s’implanter au sein du Biopark. Ces dernières représentent un véritable challenge pour l’avenir. Elles permettent de nous positionner sur la carte et le marché européen, créer une image positive et apporter de nouveaux partenariats. L’incubateur présente 19 projets de 8 pays différents !
Notons que la pharma-biotechnologie représente le 1er secteur d’activité en Région Wallonne ; ce qui a également contribué au développement et au succès du Biopark.

3) Quels sont les objectifs pour les 10 prochaines années : Développer les Clusters, booster l’activité de recherche, avoir une réflexion sur la mobilité et le lien avec l’aéroport, développer un centre de protonthérapie,…
Selon Dominique Demonté, si le Biopark veut passer de la division 2 à la première division, il faudra être encore plus ambitieux. Un objectif de 3.000 emplois à 10 ans est envisageable mais pour cela il faudra relever certains défis :
– Le premier frein est structurel. Le manque d’espace pour se développer est évident. Il est nécessaire d’avoir une réflexion spatiale et trouver 30.000 m² pour créer un vrai campus avec des bâtiments à l’architecture pensée, des services, …
– Un second challenge concerne le financement. On doit travailler sur des prises de participation dans des gros fonds d’investissements biotech pour pouvoir financer la création mais surtout la croissance de nos entreprises.
– Pour continuer à croître, la création de partenariats structurés avec des Biocluster à l’international est indispensable : permettre aux sociétés de ces clusters (Asie, USA) de venir chez nous s’ils souhaitent attaquer le marché européen et permettre à nos sociétés d’aller aux USA ou en Asie pour attaquer de nouveaux marchés.
– Améliorer la communication autour du Biopark, l’image qu’il reflète est importante pour notre image à l’international.
– Et enfin, il est primordial de revoir le business model pour établir l’adéquation entre les moyens du Biopark et sa réussite.

En conclusion, la création du Biopark était un pari ambitieux. Aujourd’hui ce pari existe toujours et le grand défi sera de passer d’un pôle européen à un pôle mondial …

 

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